WHITE (P.)


WHITE (P.)
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WHITE PATRICK (1912-1990)

Prix Nobel de littérature en 1973, Patrick White est sans doute l’écrivain australien le plus connu. Issu d’une famille «patricienne» (son père était grand propriétaire terrien), il appartient à cette classe sociale qui envoie encore volontiers ses enfants faire leurs études en Angleterre. À l’université de Cambridge, White manifeste un très vif intérêt pour la littérature française et allemande. Il sert pendant la Seconde Guerre mondiale dans la R.A.F. au Moyen-Orient et en Grèce, et rentre ensuite en Australie, refusant de devenir, selon ses propres termes, «un intellectuel londonien, l’être le plus stérile qui soit». Installé près de Sydney, il se consacre à l’écriture. Malgré ses talents de nouvelliste illustrés par Les Échaudés (The Burnt Ones , 1964) ou The Cockatoos (1974), White est surtout connu comme romancier. Avant son retour au pays, il a déjà publié Éden Ville (Happy Valley , 1939) et Des Morts et des vivants (The Living and the Dead , 1941), The Aunt’s Story (1948) est alors en cours d’écriture. Comme dans les œuvres de la maturité, c’est-à-dire à partir des années 1950, on suit dans ses romans la lente progression des personnages vers une «épiphanie», un moment de révélation où les tensions s’effacent soudain pour laisser entrevoir la perspective d’une nouvelle naissance.

Tout comme Russell Drysdale et Sidney Nolan, deux géants de la peinture australienne, White se passionne pour le mystère des paysages sauvages de son continent natal. Loin des faubourgs proliférants où se nichent, selon lui, médiocrité et philistinisme, les grands espaces vierges recèlent une vérité fondamentale, une beauté cruelle. Mais, à la différence de Henry Lawson, chantre des pionniers du tournant du siècle, White ne se cantonne pas dans le vernaculaire; il porte sur son expérience australienne un regard riche de toute sa culture cosmopolite. Son œuvre est marquée par une recherche des profondeurs où il entraîne son lecteur. Sondant la moindre faille chez ses personnages, dans leur discours ou dans sa propre narration, il démasque les poses, cherche l’essence par-delà la surface. Poète du regard et des sons, il aspire à produire dans son écriture «la texture de la musique, la sensualité de la peinture [...], ce qu’auraient pu voir Delacroix et Blake, ce qu’auraient pu entendre Mahler et Liszt». Dans Tree of Man (1955), il crée son propre archétype du pionnier australien. Un souffle épique parcourt également Voss (1957), inoubliable voyage au bout de la nuit d’un explorateur aux ambitions nietzschéennes qui se perd dans le grand désert central. Comme le suggère Laura, le principal personnage féminin du roman, «seule la mort sous la torture dans le pays de l’esprit permet peut-être d’accéder à la véritable connaissance». Le Mystérieux Mandala (The Solid Mandala , 1966), œuvre aux forts accents jungiens, s’articule autour de l’idée de gémellité et de la problématique du tout et de la fragmentation. Avec Le Char des élus (Riders in the Chariot , 1961) commence une exploration du portrait de l’artiste, figure ambiguë à la mission quasi divine qui, tel un vivisecteur, n’hésite pas à tailler dans la chair de ceux qui l’entourent pour accéder au mystère de la création. Le peintre Hurtle Duffield, protagoniste du Vivisecteur (The Vivisector , 1970), se condamne à la plus haute des solitudes.

L’œuvre de White est également hantée par l’image de la mère, brillante, superficielle, séductrice et narcissique; Elizabeth Hunter, l’héroïne de L’Œil du cyclone (The Eye of the Storm , 1973), glisse vers la mort comme une «reine ravagée sur son trône». Dans Une ceinture de feuilles (A Fringe of Leaves , 1976), l’aventure d’une naufragée recueillie par des aborigènes repose le problème des rapports entre nature et culture. La narration déroutante des Incarnations d’Eddie Twyborn (The Twyborn Affair , 1979) entraîne le lecteur dans un univers bisexuel fait de métamorphoses, de kaléidoscopes, de jeu de miroirs où se font et se défont masques et rôles sociaux, un thème illustré à nouveau par Memoirs of Many in One (1986) et par l’autoportrait intitulé Défauts dans le miroir (Flaws in the Glass , 1981). Dans les dernières années de sa vie, Patrick White, longtemps boudé par son pays, est devenu l’inspirateur d’une jeunesse attirée par l’écologie et la lutte antinucléaire. Après les chefs-d’œuvre romanesques des années 1970, ses pièces de théâtre rencontrent enfin le succès sur les scènes australiennes. Avec Three Uneasy Pieces (1988), ultime méditation sur la vieillesse, la sagesse et la mort, White poursuit jusqu’aux limites de l’aphorisme sa quête de la vérité et du dépouillement.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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